Maître, je vous aime.
Oh, bien sur, votre réaction à leur égard ne peut être qu’une marque d’élitisme, vous n’êtes qu’une incarnation de cette toute-puissante Europe « ultra capitaliste », de médias vendus à la propagande d’un gouvernement qui veut nous diriger comme un troupeau de moutons sur le chemin de la grande distribution, de la consommation à tout va et du libéralisme/capitalisme débridé.
Oh, bien sur, vous n’arrivez pas à comprendre qu’un référendum n’est ici que l’expression de la volonté d’un peuple illuminé, guidé par la sagesse et la raison, qui a su lire et comprendre le traité en profondeur, ses tenants et ses aboutissants.
Oh, bien sur, vous semblez oublier qu’en France aussi, le non a emporté le TCE grâce à une foule courageuse qui a su se dresser contre les médias de propagande qui voulaient leur imposer une europe de technocrates.
Oh, bien sur, vous semblez oublier que l’Europe à la merci du medef veut nous imposer la semaine de 65 heures, et demain n’hésitera pas à mettre à la rue les enfants, handicapés, noirs, homosexuels, vieux qui ne peuvent tenir le rythme et la productivité de ses usines.
Oh, bien sur, vous dressez votre éducation et votre soi-disant intelligence contre la volonté (nécessairement intelligente) d’un peuple souverain qui a simplement su résister aux manipulations des tenants du oui, en l’absence de toute manipulation des tenants du non.
Ah, quelle satisfaction pour moi que ce sentiment d’être quelqu’un parce que je résiste. Quel bonheur de dire « oppono ergo sum ». C’est véritablement en exprimant mes convictions (inébranlables à défaut d’être fondées) en opposition à ce qui m’apparait être celles de la foule que j’ai l’impression de sortir du troupeau.
Là, j’ai exprimé mon opinion à l’encontre de l’ordre établi, je suis un contestataire. Yeepeeeee.
Bon, maintenant, il faut que j’appelle cofidis pour obtenir mon prêt à la consommation. Parce que c’est pas avec ma baisse du pouvoir d’achat que je vais pouvoir acheter mon gps, mon cadre photo numérique et mon téléviseur Lcd grand format. Et je voudrais surtout pas rater le match de foot de ce soir.
«La médiocrité, c’est l’affaire de tous»
Vendredi 11 juillet 2008 par plutarque
Les récentes agitations de la sogenannte «Blogosphère» sont l’occasion de constater phénomène qui s’il n’est pas récent a néanmoins pris récemment de l’ampleur.
Je passe rapidement sur cette guéguerre sans interêt. D’un côté, une presse écrite de qualité inégale, des journalistes qui sentent qu’il faut parler du web. De l’autre, des bloggeurs ou bloggeurs-journalistes qui s’en mêlent, qui s’attaquent les uns les autres. Untel ne ferait que rassembler du purin, tel autre ne mériterait pas d’être appelé bloggeur influent, machin ne serait qu’un journaliste manipulé à la solde du clan gouvernemental … Cette guerilla où se mêlent les attaques «la mienne est plus grosse que la votre», les victimisations, les redditions et le cortège d’analyses n’est après tout qu’un événement passager.
On remarque au passage que ces attaques révèlent avant tout un certain narcissisme, voire une certaine prétention de la part des dits bloggeurs/journalistes. Chacun prononce ses certitudes et affiche sa supériorité par une volonté de se placer au dessus des querelles et des attaques, tout en les alimentant. «Untel est méprisable, je ne lui répondrai donc pas» en somme.
Pourtant un tel narcissisme et une telle confiance en soi sont sans doute nécessaires pour affirmer son opinion, et je ne pense pas qu’il faille vraiment s’étonner de les trouver chez des bloggeurs qui après tout sont au web ce qu’un éditorialiste ou un journaliste d’opinion est à la presse conventionnelle. Je ne prétend d’ailleurs pas en être moi-même dénué. Comme le dit très justement Jean-Michel Apathie :
On a beaucoup parlé de cette opportunité qu’est Internet, permettant à n’importe qui d’exprimer son opinion sans passer par le circuit calibré de la presse écrite. Mais je ne pense pas que les bloggeurs dont nous parlons ici soient n’importe qui : ils ont gagné leur audience par une écriture et une capacité d’analyse qui confère à leurs articles une qualité proche du journalisme (je parle ici bien-sûr du journalisme d’opinion et non du journalisme d’information).
La démarche de créer un blog s’accompagne souvent d’une volonté de recherche, de construction des articles, d’écriture orthographiquement et grammaticalement correcte (quoique). D’où une réelle qualité chez bien des bloggeurs.
Le phénomène qui me préoccupe ici, c’est le reste. La plèbe. La foule. Le commun. Et le vulgus pecum a une arme : le commentaire. Internet a certes offert une vitrine à tous, mais il a surtout offert la possibilité à tous de répondre aux opinions qui y sont publiées.
Et c’est bien là que la médiocrité fait son entrée. Parce que la forme est courte, parce que le propos n’a pas besoin d’être étayée, parce que de toute façon il n’appelle souvent pas de réponse. Le même narcissisme y règne en maître, avec toujours une autosatisfaction de l’auteur, une certitude d’être plus intelligent que le reste des commentateurs. J’expose mon opinion, je dis donc la vérité.
Je ne supporte plus les commentaires. Oh, pas tous bien sûr. Les billets du maître voient souvent de forts bons commentaires, construits, complets. C’est un véritable dialogue qui existe entre Eolas et certains de ses contributeurs réguliers. Mais ceux qui se rendrent sur le blog d’Eolas ont généralement déjà un niveau qui les élève au dessus de la médiocrité.
Non, les commentaires affligeants, il faut aller les chercher sur le site du figaro (journal que j’apprécie pourtant), du monde (journal que j’apprécie tout autant), ou de tf1 (que j’apprécie déjà moins). Sans avoir besoin de se rendre dans des bastions de partialité, on trouve sur ces sites généralistes et grand-public des petites perles.
Allez, soyons fous, analysons un commentaire d’aujourd’hui dans le figaro. Ce sera le premier de mes «commentaires du jour».
Celui la est déjà pourtant bon. Une orthographe correcte, une ponctuation existante et cohérente. Non, ce que j’apprécie beaucoup ici c’est ce «à méditer». Quelle fatuité que de penser qu’une telle opinion, exprimée en trois phrases incohérentes, sans aucune autre preuve que la conviction de son auteur, mérite une méditation du lecteur affligé ! Et pourtant, combien de commentaires finissent ainsi, par un «à méditer», «je vous laisse y réfléchir», des points de suspension ? Beaucoup trop.
Cette médiocrité, voilà le phénomène qui me préoccupe. Oh, je ne veux pas être élitiste et je ne pleure pas non plus mes chères années où Internet n’était pas connu comme il l’est maintenant, où ceux qui savaient appellaient encore ça Internet, et non l’internet (de France Télécom) comme cela a été imposé par la suite. Non, je rêve simplement d’un peu d’humilité, d’opinions construites. De commentaires intelligents, qui révèlent une réelle réflexion de leur auteur et construisent un débat, et non une affligeante débilité qui fait presque passer ces commentaires pour du spam.
Je rêve aussi d’un retour à la langue française, mais ce sera le sujet d’un prochain billet «commentaire du jour».
Allez, je n’y résiste pas, je vous laisse méditer.
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